Le travail d'intérêt général veut se développer dans le Puy-de-Dôme: "Ça m'a remis dans le bain"
Payer 120 jours-amendes à 5 € (soit 600 €), sanction requise par la procureure, ou accepter un travail d’intérêt général (TIG) ? David, prévenu, le 1er mars, à la barre du tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand, n’a même pas pris le temps de la réflexion. À la question de la présidente qui lui demandait, comme le veut la procédure, s’il était d’accord pour effectuer un TIG (*), il a aussitôt répondu « oui ».Avec le TIG, David est en terrain connu. Il l’a déjà expérimenté lors d’une précédente condamnation, en 2019. Et en garde un bon souvenir.
"J’ai eu 160 heures de TIG. Ça faisait à peu près un mois et demi de travail. Je travaillais avec Job’Agglo. À cette époque, j’étais hébergé au 115. Il y avait une bonne ambiance. J’ai monté des murs en pierre, j’ai fait de la rénovation de fontaines…"
Rien d’insurmontable pour ce Puydômois de 37 ans, maçon de métier. "Le TIG, c’est comme un contrat avec un chef, des collègues, des horaires à respecter. Mais sans paye…" C’est le principe de cette peine. Les personnes qui y sont condamnées, les tigistes, travaillent sans être rémunérées. L’enjeu est ailleurs : « J’étais au chômage et ça m’a remis dans le bain du travail », poursuit David. Son avocate, Me Oulmi, acquiesce : « Le TIG est une peine qui permet de réinsérer, voire de trouver un emploi et de se faire quelques relations professionnelles. »
Comme David, 249 Puydômois ont opté pour cette alternative aux peines de prison, en 2022. Un chiffre assez stable depuis 2019, contrairement à la tendance nationale, qui accuse une baisse d’au moins 30 % au premier trimestre 2022, selon des chiffres rapportés par le journal Le Monde.Le TIG, qui fêtera ses 40 ans cette année, se porte bien dans le département. Il y a assez de postes pour accueillir les personnes condamnées à un TIG. Mais ses promoteurs locaux, à l’unisson des objectifs de la Chancellerie, aimeraient encore le développer. Pas seulement parce qu’il évite de surcharger les prisons déjà surpeuplées ou parce qu’il a l’avantage de coûter moins cher que l’incarcération (un tijiste coûte à l’État 5 €/jour contre, en moyenne, 105 €/jour par détenu).
Offrir des repères sociauxLe TIG possède un autre atout : « Ce qui est intéressant dans le TIG, c’est que l’on fait participer la communauté à l’exécution de la peine », souligne Aurélie Demmer, directrice départementale des services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip). Les tijistes sont accueillis au sein de collectivités territoriales, dans des sous-préfectures ou des entreprises chargées d’une mission de service public.« Cela permet à la personne d’être entourée de gens faisant office de repères sociaux et de se couper d’un environnement un peu négatif. Celui qui reste oisif avec ses copains, qui ne cherche pas à se réinsérer, cela ne donne jamais rien de bon. Là, il y a des gens qui vont leur faire confiance, ils vont être traités comme tout le monde. »
Maintenance de vélo, entretien d'espace vert, restauration collective... Les tijistes sont amenés à réaliser tout type de travaux (Photo d'illustration Franck Boileau).
Les TIG sont réservés aux délits les moins graves, dont la peine encourue n’excède pas six mois de prison. Dans le Puy-de-Dôme, cela concerne principalement les infractions routières, les vols et, dans une moindre de mesures, les faits en lien avec les stupéfiants. Selon le gouvernement, la sanction – c’est là une autre de ses qualités – permettrait de prévenir plus efficacement la récidive, même si celle-ci est difficile à évaluer.« On sait que c’est aussi un processus, souligne Aurélie Demmer. Quand la personne est clairement impliquée dans une volonté de changer de vie, c’est là où ça fonctionne. En cas de récidive, elle aura peut-être quelque chose à perdre qu’elle n’avait pas avant. »
Preuve de cette implication, les incidents en cours de TIG sont relativement rares. « Le plus fréquent, c’est la personne qui ne se présente pas. Les comportements violents ou inadaptés, cela a dû arriver une ou deux fois cette année. C’est très rare. Toute de suite on retire la personne du TIG et on fait un rapport d’incident au magistrat. »La réussite du TIG réside aussi dans l’évaluation, en amont, des dispositions du condamné à accomplir ce type sanction. Et du choix d’une structure accueillante adaptée à son profil. À ce titre, l’arrivée d’une référente territoriale du TIG, en charge de multiplier et de diversifier le nombre de postes disponibles dans le département (voir ci-dessous), constitue un vrai plus.
La balle dans le camp des magistratsLe Spip mise beaucoup, pour développer cette mesure, sur l’innovation et la qualité. « Le TIG collectif fonctionne très bien. Intégrer un volet pédagogique à l’insertion, c’est une plus value énorme sur le sens de la peine » (voir ci-dessous).Les idées et la volonté ne manquent pas. Mais la balle est aussi dans le camp des magistrats. « Ce sont eux qui prononcent la peine », rappelle Laure Demmer.(*) Il n’est pas possible d’obliger une personne à travailler.
Leïla Aberkane et Olivier Choruszko