Pro D2 : Aurillac doit revoir sa copie dans le jeu
On veut bien admettre que Carcassonne n’était pas à sa place avant la 8e journée. Que, comme le relevait Roméo Gontinéac, si l’USC était dernière c’est pour beaucoup car elle avait perdu un match à la maison dans un début de saison essentiellement disputé à l’extérieur.
Oui. Il n’empêche… Perdre comme l’a fait le Stade vendredi à Domec (29-7), fait tache. Pour le résultat pur, pour le contenu aussi. A fortiori contre une équipe qui avait elle aussi son lot d’absents, et non des moindres. Le plus agaçant (ou inquiétant) dans cette triste histoire, c’est que la seule équipe qui a joué au rugby est celle qui évoluait sans numéro 10.
Même sans ouvreur, les Audois ont su faire du jeuPlacé à l’ouverture, l’habituel demi de mêlée Damien Anon, 27 ans, évoluait pour la troisième fois seulement de sa carrière à ce poste… On est loin des 28 matches enchaînés l’an passé par Palmier - spécialiste du poste. Et pourtant, l’Aurillacois a souffert de la comparaison face à son vis-à-vis.
Parce que les Audois ont su mettre beaucoup de rythme, tenir le ballon et imposer à Aurillac des séquences qui l’ont rapidement asphyxié. Les Cantaliens, eux, étaient incapables de répondre dans le même registre sur leurs fugaces possessions.
Dans le jeu, le contenu n’y est pas. Surtout que ce match intervient après une réception de Montauban où le bonus offensif ne saurait masquer le même jeu atone, lent, et prévisible, qu’Aucagne a malgré tout un peu secoué à Carcassonne en deuxième période.
Au-delà de l’indiscipline qui a vite plombé Aurillac à Domec, les choix de jeu ont fini d’enfermer les Cantaliens dans leur camp, pour finir de se faire étouffer par Carcassonne.
« Oui, la charnière a été timide, même s’ils ont essayé de tenter des choses. Mais on attend plus de prise de conscience. Quand l’adversaire est dense comme ça sur le premier rideau, tu ne peux pas jouer comme on l’a fait en première période. Il faut que nos “drivers” soient plus lucides, passent les bons messages, soient plus collectifs. Il y a des moments où on a travaillé individuellement », pointait Roméo Gontinéac après la partie.
L’entraîneur confirmait que l’alternance par le pied en seconde période, comme l’a fait Aucagne, était « probablement » une option à utiliser plus tôt, alors qu’Aurillac s’était entêté à jouer un jeu qui faisait les affaires de Carcassonne.
Des options de jeu stériles« Il faut qu’on soit plus pertinent dans ce qu’on veut proposer. On a vu que par la puissance, on ne pouvait pas les breaker. Et pourtant on continuait, dans notre camp, de vouloir faire des temps de jeu où on était stérile. C’est une question de vision, de lecture, de communication et de prise d’initiatives. On ne l’a pas fait et on est tombé sur un mur. En deuxième période, on a joué un peu plus intelligemment, en occupant mieux, en jouant des duels aériens… »
S’il y avait effectivement du mieux après la pause, ça n’a pas payé. Comme le pointait David Delarue, cet Aurillac n’est « pas tueur ». « On a fait des bons coups d’envoi, on leur a mis la pression, mais à chaque fois on perdait le ballon très vite derrière. Eux, ils ont été tueurs, agressifs », poursuivait le demi de mêlée.
« Ce qui est frustrant, c’est qu’on a beaucoup de possessions dans leurs 22 mètres, sur des lancements qu’on prévoit et il y a des erreurs de placements, de courses. C’est frustrant parce qu’on travaille ça toute la semaine et on n’arrive pas à le mettre en place ».
La promesse du premier bloc n’a pas eu de suiteEn fin de compte, la promesse née dans le jeu à Angoulême, confortée par un jeu d’attaque emballant contre Massy, a fait long feu. Depuis la fin du premier bloc, Aurillac propose un jeu trop pauvre, ou inefficace, ou les deux. Vendredi, les principales étincelles sont venues de Coertzen, ou Daniel, mais Aurillac n’a pas su garder la vitesse qui accompagnait ces déclics.
« Quand Tim (Daniel) breake la défense, notre soutien (Alania) est trop tardif. On n’arrive pas à assurer la passe. Quand tu n’as pas 10.000 occasions, il faut être opportuniste, et on n’a pas su exploiter ces munitions. On a trouvé des failles, mais il n’y a pas eu de continuité pour garder cette dynamique et pousser l’adversaire à la faute. »
Ce rythme, c’est aux demis de l’imprimer. Alors que Béziers, une autre bête blessée, se présentera à Jean-Alric vendredi, Aurillac va devoir montrer autre chose. Au vu du rendu des derniers matches et du coaching à Domec, il ne serait pas surprenant de voir Aucagne reprendre les commandes du jeu.
Mais si le champion de France Espoirs est l’option à privilégier pour réveiller l’attaque, tout ne saurait reposer sur ses épaules. L’indiscipline constatée dans l’Aude trahit aussi les lacunes aurillacoises au sol avec des libérations trop compliquées qui bloquent tout espoir de vitesse dans le jeu. Même Alania, dont le style penche pourtant vers ce dynamisme recherché, s’est fait croquer plus souvent qu’à son tour sur les derniers matches.
Vendredi, avant de voir une charnière emballer la partie, qu’elle soit composée de Pierre, Paul ou Jacques, il faudra des ballons. Aurillac ne pourra jamais espérer devenir « tueur » sans munitions.
Jean-Paul Cohade