Les pigeons migrateurs dans le viseur
Mérinchal
Les pigeons migrateurs excitent toutes les convoitises
Je suis parti avec les cloches de l’Angélus, j’aime bien leur timbre matinal qui me rappelle le temps où les campagnes étaient encore vivantes.
À l’horizon, le ciel inventait un nuancier de rouges qui s’accrochaient aux courbes des puys d’Auvergne. Mûris par la sécheresse, les glands dorés craquaient ou explosaient sous mes pieds, d’autres chutaient avec des rebonds vibrants de début d’averses de grosses grêles. Les chênes encore feuillus semblaient s’être débarrassés prématurément d’un lourd fardeau pour concentrer leur énergie ailleurs.
Ils sont passés par ici, ils repasseront par làLes vols de pigeons ont commencé à glisser vers le sud par paquets plus ou moins importants et sans visible organisation stricte, comme des grues. Cibles groupées mouvantes, ils avançaient au sein de nébuleux nuages sombres.
À 8 heures pile, le tintamarre a commencé dans mon dos avec des coups de fusils secs. Toujours des salves de trois d’abord espacées, puis tellement groupées qu’elles se transformaient en mitraillage. Un bruit d’argent foutu en l’air qui retombait sonnant et trébuchant dans l’escarcelle des marchands de cartouches.
Devant moi, au fond de la vallée, côté Puy-de-Dôme, les gâchettes sont plus économes, plus espacées et plus sourdes comme si seulement de la bourre s’échappait des canons de douze. Les chiens de meutes excités par la canonnade se sont mis à japper pour se répondre d’enclos en enclos avec une intensité à faire trembler la faune sauvage sur des kilomètres.
Ce matin-là, les passages de pigeons ont duré pendant une heure, certains léchaient les pentes du Puy-de-Dôme alors que les autres passaient plus haut dans un ciel tantôt clair et coloré, tantôt opaque d’une brume éjectée des zones humides.
À 9 heures, l’artillerie a signé une trêve et la nature a repris ses bruits de vie quotidienne.
Mon appareil photo faisait une indigestion de pigeons, il était grand temps de rentrer.