Un passage à l'acte "ahurissant" sanctionné par le tribunal correctionnel de Brive (Corrèze)
Une "réaction aberrante et inexplicable" pour la défense ; un "acte qui dépasse l’entendement" selon le parquet et qui, d’après la partie civile traduit " quelque chose qui cloche".
" Vous vous êtes crus où pour, à 2 heures du matin, tirer dans l’œil de quelqu’un ?" a tonné la présidente du tribunal correctionnel, lors d'une comparution immédiate, lundi 17 janvier 2022.
Dans le box, le jeune homme de vingt ans, titulaire d'un contrat de travail en CDI et père de famille depuis onze mois, a reconnu que sa réaction " n’était pas normale. Je n’aurais jamais dû prendre cette arme et mettre les pieds dans cette histoire".
Deux figurants qui se retrouvent face à faceLui n’est effectivement pas directement concerné, pas plus que sa victime d’ailleurs. Ce sont deux figurants d’un conflit né d’une jalousie autour d’une jeune fille.
Mais dans la nuit de samedi 15 au dimanche 16 janvier 2022, ils sont au premier rang, face à face. L’embrouille est montée dans les tours et les protagonistes se sont donné rendez-vous dans une rue de Brive, pour s’expliquer.
Le prévenu, après une soirée alcoolisée, décide d’accompagner son ami, en prenant avec lui un pistolet airsoft, acheté légalement quelques semaines plus tôt "pour le loisir".
Sur place, c’est lui qui commence à discuter, a priori calmement, avec la partie adverse, un solide gaillard de 20 ans qu’il connaît. Ce dernier essaie de s’en prendre à son ami, juste derrière lui.
Il tire, à bout portant, en reculantTout bascule : il sort son arme, et tire, direct, en reculant, comme dans une série ou un film. Quatre billes en acier touchent la victime, dont une à l’œil gauche.
Le tireur s’enfuit, jette l’arme dans une haie, avant de faire signe, quelque temps plus tard, à une patrouille de police qui le recherche. "Quand j’ai appris que je l’avais touché à l’œil, je me suis rendu", a-t-il expliqué.
Une prise de conscience tardive : présente à l’audience, la victime, mécanicien, n’est pas sûre de retrouver toutes ses capacités visuelles. "On n’est pas passé loin d’une mutilation", a insisté le parquet, qui face à la "gravité objective des faits", a requis deux ans de prison dont un an avec sursis probatoire.
"Il ne voulait pas jouer au caïd"La défense s’est appuyée sur la bonne insertion de son client pour plaider la mansuétude : "Il a été totalement dépassé par sa réaction, une réaction de peur. Il ne voulait pas jouer au caïd".
Le tribunal l’a entendu. Le prévenu effectuera son année de prison, chez lui, sous surveillance électronique, avec des horaires stricts à respecter.
Son sursis d'un an dépendra du bon suivi de ses obligations : soins psychologiques, indemnisation de la victime (une audience sur intérêts civils aura lieu plus tard), interdiction d’entrer en contact avec elle et de posséder une arme pendant deux ans. Le pistolet a été confisqué.
Eric Porte