« Comme un hommage à mon père » : Michelle Serre, autrice spécialisée dans l'histoire du Puy-de-Dôme a sorti un nouveau livre
Quand on rentre dans l’appartement de Michelle Serre à Chamalières, la première chose que l’on voit, ce sont des livres. Des étagères et des étagères de livres. Dont beaucoup se rapportent à l’histoire.
« Dès que j’ai su lire, j’ai été hypnotisée et je ne me suis jamais arrêtée. »
Il n’est donc pas surprenant qu’elle soit devenue autrice. Même elle ne s’en étonne guère : « Je pense avoir toujours su au fond de moi qu’un jour, j'écrirais. »
Simon Berger, 24 ans, clermontois et écrivain chez Gallimard
Se doutait-elle qu’elle écrirait sur des faits historiques, beaucoup moins. D’autant plus que son parcours de vie ne l’a mené que progressivement sur les routes de l’Histoire.
Retour sur les bancs de l'école à 49 ansInstitutrice à 28 ans après avoir donné naissance à deux enfants, enseignante à l’école normale (établissements de formation des futurs enseignants, NDLR) puis à l’Inspe de Chamalières (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation), Michelle Serre ne s’est pas arrêtée là.
La Saint-Sauvienne d’origine reprend ses études en 1990, alors âgée de 49 ans, avec la ferme intention d’écrire une thèse en psychologie sociale… Qu’elle n’a jamais terminé : « Je me suis rendue compte que j’étais déjà trop âgée pour devenir maîtresse de conférence. »
Passionnée par l'histoire de l'Auvergne, son paysCet apprentissage de la recherche est loin d’être vain. Intéressée par la généalogie, elle tombe sur des documents sur la Révolution française, sur son père, etc. « J’ai voulu creuser. »
Dès la retraite, l’enseignante se lance à corps perdu dans l’histoire de l’Auvergne qu’elle appelle affectueusement « mon pays ». Tout en écrivant pour La Galipote, un trimestriel auvergnat, également l’éditeur de ses ouvrages. Sur les longs chemins de la recherche historique, elle acquiert progressivement les rouages.
« Au début, je n’étais pas très bien organisée. Je prenais des documents en photo sans les légender. Une fois que j’avais plusieurs milliers de photographies, je perdais tellement de temps à les retrouver. Maintenant, je les classe directement. »
Puis vient le temps de l’écriture et de son premier livre en 2014 « sur la Révolution française par le bout de la lorgnette » ou comment Saint-Sauves d’Auvergne a vécu cette période trouble de la fin du XVIIIe siècle.
Écrire pour partager et transmettre l'histoire localeSon intérêt pour l’histoire ne faiblit pas, au contraire. Elle se penche sur la Seconde guerre mondiale, toujours avec ce point de vue local sur des régions du Puy-de-Dôme. La Bourboule et le Mont-Dore pour son deuxième ouvrage, les maquis de Saint-Genès-Champespe et de Bourg-Lastic pour le troisième, l’écrivaine a trouvé le sujet de sa plume : « la dernière guerre » comme elle la nomme.
Un thème qu’elle traite avec minutie, passion et dans un souci de transmission.
« L’intérêt même des livres réside dans le partage. Je les écris pour qu’ils soient accessibles à tout le monde. »
Pour son dernier livre Des maquis d’Auvergne à l’Épuration dans le Puy-de-Dôme, publié fin 2021, elle a été encore plus loin. Elle a enquêté sur tout le département.
Témoignages, documents d’époque jamais consultés, comptes rendus des procès de la fin de la guerre, elle fournit un vrai travail de fourmi pendant trois années : « J’ai étudié plus de 3.000 documents. Le livre fait 300 pages, mais j’aurais pu en faire 900. »
Les archives départementales, sa seconde maisonMichelle Serre a une particularité, elle regarde l’histoire par le biais de la psychologie sociale, son domaine d’étude.
« Les comportements sont influencés par différents facteurs pendant la guerre. Les silences des maquisards, des collaborateurs, des familles des victimes ont un sens. Il est nécessaire d'avoir le contexte à l’esprit. »
Pour ses recherches, l’autrice passe beaucoup de temps aux archives départementales devenues l’un de ses espaces de travail : « J’y suis au moins deux fois par semaine. Même quand elles étaient en rénovation, j’ai pu continuer d’accéder aux documents. »
En hommage à son père résistant et maquisardAu fil de son travail, le livre se dessine, mais aussi le suivant… « Quand je lis des documents, des idées pour d’autres ouvrages me viennent à l’esprit. »
"Bonheur", résistant dans le Maquis de Corrèze, vient de fêter ses 100 ans
Inarrêtable, l’ancienne enseignante écrit avec, en tête, son père, policier résistant qui a intégré le maquis de Bourg-Lastic et auquel les autorités ont « refusé de lui accorder le statut de maquisard ». Michelle Serre prend alors sa revanche :
« Mes livres peuvent être considérés comme un hommage à mon père, comme la carte qu’il n’a jamais obtenue. »
L’histoire locale, souvent peu étudiée, a trouvé sa spécialiste. « J’ai encore beaucoup d’idées, sur les prisonniers de guerre par exemple. Je ne sais pas si j’en ferais le tour puisque je prends de l’âge… »
2021. Des maquis d’Auvergne à l’Épuration dans le Puy-de-Dôme, La Galipote, 22 euros. 2019. Willy Mabrut. Du réduit de Saint-Genès-Champespe au maquis de Bourg-Lastic, La Galipote, 20 euros. 2017. La région de La Bourboule et du Mont-Dore pendant la Seconde guerre mondiale, La Galipote, 20 euros. 2014. Sauve-libre… Ou la commune de Saint Sauves pendant la période révolutionnaire, La Galipote, 20 euros.Les livres de Michelle Serre sont à retrouver ici.
Lucie Diat lucie.diat@centrefrance.com
Photos : Rémi Dugne