"Chaque année, la grosse inconnue c’est le climat" : pour les agriculteurs, 2021 a été plutôt bonne niveau météo
La météo, les agriculteurs la guettent chaque jour. Difficile de la prédire… Quel regard a la Chambre d’agriculture de la Haute-Loire sur 2021 ? Son président, Yannick Fialip, dresse le bilan.
Quel bilan tirez-vous pour les exploitations ?On a eu un été contrasté avec un printemps sec et froid, ainsi que des gelées. On a aussi eu de bonnes pluies entre le 15 juin et le 15 août. On craignait le pire au mois d’avril avec les gelées du 15 avril très fortes, mais ça s’est rattrapé après. Sur le Brivadois, je dirais que c’est une bonne année en termes de volume de récolte et en qualité, bonne sur les premières récoltes et médiocres après, quand il a beaucoup plu.
Ça restera une année correcte pour les récoltes car on a connu des années très compliquées ces derniers temps avec des sécheresses de printemps et d’été qui obligeaient beaucoup d’éleveurs à aller acheter des quantités de fourrage à l’extérieur, ce qui n’est pas trop le cas cette année.
Quel est le temps idéal pour avoir de très bonnes récoltes ?En agriculture, on a l’habitude de dire que le temps idéal est un temps qui ne dure pas trop longtemps. Le mauvais temps, c’est le même temps qui dure longtemps, à la fois trop de pluie ou trop de sécheresse.
Ce que l’on voit, c’est un changement climatique marqué par, à la fois, des hivers doux avec des températures qui ne descendent pas très bas, un printemps très actif avec des végétations qui démarrent fin février-début mars et des gelées fin avril qui viennent freiner la végétation, le tout avec une pluviométrie limitée. Sans oublier des périodes d’été qui peuvent être un peu douces, comme cette année. Mais souvent il y a des fortes chaleurs et des sécheresses importantes.
On commence aussi à analyser une dernière donnée qui est l’évolution du vent. On s’apercçoit qu’avec ces conditions un peu extrême de météo on a un vent qui vient les renforcer. Si vous avez un gel à -5°C sans vent, la plante résiste ; s’il y a beaucoup de vent du nord (température ressentie), la plante aura du mal. C’est la même chose avec la chaleur et le vent du sud. Ce sont des choses sur lesquelles on essaie de travailler pour donner les clés de la réussite à nos agriculteurs afin qu’ils puissent dsadapter au changement climatique.
Comment s’adapter face au changement climatique ?On a fait des études météorologiques sur 30 à 40 ans : on a gagné globalement 8 à 10 jours de pâturage au printemps, donc on sort les animaux plus tôt et on peut les laisser un peu plus longtemps à l’automne car on a gagné, là aussi, une dizaine de jours.
Ça veut dire une période de récoltes allongée, mais avec potentiellement un trou l’été dû à des sécheresses importantes. L’adaptation n’est pas toujours simple. On a une fenêtre de tir de récolte un peu plus grande, mais aussi des difficultés car l’été va être beaucoup plus sec et donc nous obliger à faire différemment sur nos exploitations avec des variétés plus résistantes au stress soit hydrique, soit lié au froid. Donc il faut trouver des variétés avec peut-être un peu moins de potentiel en termes de production mais qui sont capables de faire un peu plus l’accordéon.
Photo d'archivesQuand on se souhaite la bonne année en agriculture, la grosse inconnue c’est le climat à chaque fois. On ne sait pas si l’année va être bonne ou mauvaise. Nos exploitations travaillent à ciel ouvert : 100 % de nos récoltes se fait à ciel ouvert. C’est un risque important pour l’exploitant.
Qu’est-ce qui est mis en place pour accompagner les agriculteurs ?Le premier accompagnement, c’est la prévention avec les variétés, des retenues collinaires pour faire de l’irrigation, pour l’arboriculture ou maraîchage mettre des serres plutôt que du plein champ…
On a aussi un schéma qui se met en place sur une assurance récolte qui permet, quand on a des grosses pertes, qu’une assurance privée avec une complémentarité par un fonds État puisse aider les agriculteurs à passer l’année en leur rétribuant une partie des sommes perdues. Cela permettrait de garantir la pérénité des exploitations. Ce dispositif est en discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat ces jours-ci pour une mise en œuvre sur l’année 2023.
Les apiculteurs aidés par la Région AuraLors de la Commission Permanente du 17 décembre dernier, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a débloqué 500.000 € pour accompagner les apiculteurs du territoire. En 2021, les conditions météorologiques ont été particulièrement défavorables à leurs activités, entraînant d’importantes pertes pour la profession.
Après, on n’a pas de solution miracle. On a des cycles aussi : on voit par exemple deux décennies très chaudes et après un peu plus froides ou tempérées. On voit une évolution sur le climat avec des précipitations abondantes sur quelques jours ou quelques heures. Cela nous oblige à trouver des solutions, à la fois du stockage de l’eau, des abris pour les serres pour le légumes. Il y a aussi des expérimentations par par rapport au vent : les haies peuvent-être protéger ? Les espèces… Ça nous préoccupe.
Propos reccueillis par Maryne Le Goff