Les cloches de la discorde continuent d'agiter la commune de Ceyrat (Puy-de-Dôme)
Sans surprise. Le rendez-vous en mairie de Ceyrat s’est transformé en rendez-vous manqué. Gaël Drillon était reçu en mairie ce lundi matin 17 janvier, par Anne-Marie Picard, maire, et le directeur général des services de la Ville. Objectif : renouer un dialogue et révéler les résultats d’une nouvelle étude sonore spécialisée, financée par une partie des trente familles favorables à un arrêt nocturne des cloches.
À ceci près que Gaël Drillon a souhaité enregistrer la réunion par le biais de son téléphone. « Il y a eu trop de promesses non tenues et trop de mensonges, je voulais garantir une complète transparence, et parce que la municipalité a interdit également la présence d’autres citoyens concernés à cette réunion, voilà pourquoi j’ai demandé qu’on enregistre nos échanges. » Comme les cloches de l’église de Boisséjour, l’édile ne l’a pas entendu de cette oreille et a refusé cette demande singulière. Résultat immédiat, comme depuis des mois, la discussion n’aura même pas le temps de débuter puisque Gaël Drillon a choisi de ressortir aussitôt de la mairie.
Cloches et anicrochesÀ 9 heures, ce lundi matin, sur le parvis de la mairie, les Ceyratois se comptent sur les doigts d’une main. L’affaire alimente toujours les rumeurs et les débats, mais les résultats de l’étude acoustique ne semble pas passionner. Qu’importe, Gaël Drillon énumère, à qui veut bien l’entendre, le bien-fondé de sa démarche.
Je dispose de la preuve que cette démarche de faire cesser les cloches la nuit est en cours depuis le printemps 2019 auprès des services de la mairie, soit plus d’un an avant mon arrivée sur la commune. Ce n’est donc pas le combat d’un seul homme, mais un dossier vieux de trois ans et qui concerne a minima trente familles. »
Deux personnes approuvent par hochement de tête, tandis que des noms d’oiseaux se font entendre à quelques mètres de là. Un fidèle opposant bien décidé, lui aussi, à se faire entendre et demandant plus ou moins frontalement « jusqu’à quand il va semer le bazar dans la commune, lui ? » Ambiance.
Une étude confirmerait un son de cloches trop importantImperturbable, Gaël Drillon poursuit la lecture de son étude, feuilles à la main, et dévoile « l’émergence sonore », autrement dit le degré de modification du niveau ambiant induite par l'apparition ou la disparition d'un bruit particulier. « À 50 mètres de l’église, fenêtres ouvertes, l’émergence sonore globale est égale à 22,5 décibels la nuit alors que la loi autorise 3 décibels. Fenêtres fermées, elle est encore de 12,5 ! C’est donc illégal ! »
Convaincu de son bon droit auditif, le père de famille ajoute : « Pour l’Angélus de 7 heures du matin, l’émergence sonore est de 9,5 décibels au lieu des 5 autorisés par la législation, illégal là aussi ! » Le temps du répit n’a donc pas encore sonné, loin s’en faut. « Je lance une procédure avec mon avocat à l’encontre de la mairie pour une mise en conformité avec la loi sur la tranquillité publique et la santé publique. »
Haussement d’épaules et longs soupirs à quelques pas de là. Un retraité de Boisséjour est là pour savoir ce qui se dit. « Je ne vis pas dans le bourg, mais je voulais savoir ce qu’il se disait. J’ai du mal à comprendre qu’on en arrive là pour des cloches. Je pense que tout ça est exagéré, tout le monde y va de son avis et tout le monde s’en mêle, ce n’est pas constructif... » Un propos approuvé par une dame emmitouflée dans sa doudoune. « Ça devient une histoire d’égos. Tout le monde maintenant se regarde de travers dans le bourg, c’est décevant. »
Un autre dit être sous calmants et tranquillisants pour « ne pas déraper », tout en reconnaissant que les cloches peuvent bien s’arrêter, c’est n'est pas grave », mais avant d’ajouter « qu’il y avait d’autres moyens de faire que de se montrer partout dans les médias ».
Gaël Drillon demeure imperturbable et fidèle à ses convictions malgré les on-dit. « J’ai foi en la justice. Tant que je le pourrai, je défendrai mes droits et ceux des trente familles, même si ça doit prendre des années. Ce qu’il faut retenir, c’est que si les cloches s’arrêtent la nuit, cela ne nuira à personne. » Mais d’ici là, c’est une tout autre histoire pour le moins cacophonique.
Carole Eon