Les policiers de France formés à Clermont-Ferrand depuis 1983
Les Clermontois connaissent ce bâtiment estampillé bleu-blanc-rouge, mais peu savent ce qui se passe à l’intérieur. C’est l’un des rares services nationaux implanté en province. Depuis les années 1980, l’Institut national de la formation de la police, désormais nommé Sous-direction des méthodes et de l’appui (SDMA), est basé à Clermont-Ferrand. Ce n’est pas une école de police, mais c’est ici que toute la formation de la police française se joue. Rien que ça.
Une mine de documentationDerrière les murs de la SDMA, rue Paul-Diomède, au pied du parc Montjuzet, est rangée, répertoriée et sans cesse mise à jour, toute la documentation en lien avec la formation initiale de la police nationale. « C’est nous qui sommes chargés de la réalisation de cette documentation, nous sommes le seul service en France qui a cette mission. Le site intranet de la police nationale a 1.300.000 visites chaque année », explique la commandante Sandra Bouchy. Cette documentation est à destination et à disposition des policiers de « terrain ». « C’est pourquoi l’information doit être claire, précise, actualisée et pertinente. » Sur son smartphone de service, chaque fonctionnaire peut trouver toutes sortes d’informations sur chaque sujet auquel il peut être confronté au quotidien. La jurisprudence est actualisée régulièrement par des juristes spécialisés. Les policiers disposent également d’une « hotline » où ils peuvent poser des questions, des requêtes en réel, obtenir des aides pour les enquêtes. « C’est un soutien opérationnel », poursuit Sandra Bouchy.
Les policiers ont ainsi à disposition différents outils pour les aider dans leurs missions. Avec, par exemple, la classification des armes, dont la réglementation évolue tout le temps. « Une arme de poing peut changer de catégorie, rien qu’en augmentant le nombre de munitions. Il faut pouvoir éclairer les collègues en temps réel », indique le major Bertrand Zanna. Il en va de même pour le traitement des infractions routières, sans cesse changeantes.
« On essaye de faire du sur-mesure pour nos collègues de terrain »Tout est référencé dans des guides pratiques qui tendent à coller au plus près de l’actualité. Les rodéos urbains, les stupéfiants, la réglementation des bars à chicha, etc. « Depuis deux ans, le gros morceau qui nous a occupés, c’est le Covid-19 », indique Caroline Sanchez, chef de l’unité des guides pratiques.
La procédure pénale est extrêmement compliquée en France. La SDMA fait ainsi office d’assistance juridique. « On essaye de faire du sur-mesure pour nos collègues, ajoute le commandant Hubert Lamy, chargé de la section d’assistance juridique. Du gardien de la paix au commissaire, chacun peut avoir des questions. Tout ce qui régit la vie au quotidien, la police administrative, la police judiciaire, le maintien de l’ordre… » Des questions, ils en traitent 1.000 à 1.200 par an.
Chargé du recrutement des policiersC’est également la SDMA qui gère le recrutement des policiers actifs, de même que les agents de la police technique et scientifique. Pour cela, sont conçus à Clermont-Ferrand les textes qui vont régir les différents concours d’entrée. « On est le service central de recrutement. On adapte les concours aux enjeux du recrutement. On adapte les épreuves, leur durée et on met les candidats en situation “police” », décrivent Éric Chambriard, chef de division, et son adjointe, Fabienne Moresh. Chaque année, ce sont entre 6.000 et 7.000 policiers qui sont recrutés (sans compter les adjoints). Cela va du concours de gardien de la paix à celui de commissaire.
Différents profils sont recherchés en fonction des besoins du moment. « On recherche actuellement des scientifiques. On a besoin de nouvelles compétences. Il faut adapter les recrutements aux besoins du ministère. » Une fois recrutés, les agents sont ensuite formés dans l’une des dix écoles de police de l’Hexagone.
Organe de formationEnfin, la SDMA conçoit différentes formes de formation, inhérentes aux différents métiers de la police nationale. C’est donc dans la capitale auvergnate que sont conçues les formations en langues étrangères. C’est ici aussi que sont formés les formateurs qui vont à leur tour former les futurs policiers au sein des différentes écoles françaises. Les formateurs de ces futurs formateurs réalisent également des missions à l’étranger. « Elles servent de diplomatie pour aider les pays partenaires, en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud », assure le commandant Éric Jauffred.De même, les chargés de communication de la police sont formés à Clermont, au sein de la section multimédia. Ils auront la mission d’entretenir la relation avec les médias, mais également entre la police et la population. Sans parler des tâches de communication en interne. Cette section a aussi pour tâche de former tous les photographes d’investigation aux techniques de prises de vues, lors d’une filature, par exemple. Enfin, les « experts » sont eux aussi en apprentissage à la SDMA. Ce sont les psychologues, les formateurs antidrogue qui interviennent en établissements scolaires, etc. Il s’agit de policiers ayant des compétences transversales.
Transition numériqueToute cette documentation et ces formations s’inscrivent dans la transformation du numérique. Environ 800 modules de formation sont proposés en ligne et c’est ainsi que 160.000 personnes suivent en ligne les cours du « e-campus » de la police nationale. Toujours dans le but de former au mieux les policiers. En lien avec l’actualité et avec leur temps.
Julien Moreau