Jeunes et enfumés
La grande tragédie de l’industrie du tabac est… qu’elle tue ses propres consommateurs. Ce qui la condamne, sous peine d’y passer à son tour, à recruter sans cesse, tel un Sisyphe laborieux, de la chair fraîche. Toujours ça de gagné en espérance de vie du marché, une fois les victimes prises dans les filets de l’addiction. La clope traditionnelle flèche vers le bas ? Ce n’est pas faute, pourtant, pour les cigarettiers, de faire de leur mieux, via leurs lobbies, pour retarder ou vider de leur substance les mesures de santé publique qui leur sont nuisibles. Mais qu’à cela ne tienne, ils draguent influenceurs et ados sur TikTok ou Instagram et aspirent des bouffées de jeunesse à coups de vapoteuses glamour, d’arômes festifs ou de shoots de « snus », ces petits sachets de tabac ou de nicotine, avec les hypocrites attraits du moindre mal. Le marketing ne recule jamais devant rien. Voilà pourquoi miser uniquement sur un reflux de la demande (et non de l’offre) restera toujours insuffisant. Surtout quand fumer reste encore un marqueur de liberté d’esprit dans l’ambiance hygiéniste contemporaine. Ou comment se laisser enfumer tout en se croyant libre.
l’éditorial
Florence Chédotal