Une amie de Nordahl Lelandais, en soirée avec lui le lendemain de la mort d'Arthur Noyer : "Tu avais besoin de briller, tu as choisi une drôle de façon de le faire"
(Mise à jour le 5 mai 2021, à 22 heures : ajout de l'intervention d'un troisième ami de l'accusé).
Elle a passé la soirée du 13 avril 2017 avec Nordahl Lelandais. En discothèque, avec d'autres amis. La veille, dans la nuit du 11 au 12 avril, Nordahl Lelandais, comme il l'a reconnu, a tué Arthur Noyer (sans le vouloir selon lui ; volontairement selon l'accusation).
"Il était normal, bien, festif, confie-t-elle à la barre de la cour d'assises de la Savoie. Il était comme toujours." Elle ajoute, comme d'autres témoins dans le dossier, qu'il n'avait "aucune trace sur le visage ou les mains". Une référence à la version de l'accusé, qui dit s'être battu avec la victime, avoir reçu deux coups au visage, et l'avoir tué en répondant avec ses poings.
"On se met à la place de la maman"Interrogée par Me Bernard Boulloud, avocat de la famille d'Arthur Noyer, l'amie lâche : "Ce soir-là, rien ne nous a fait penser à l'atrocité de ce qu'il avait pu faire la veille. Quand on apprend ça, on est ahuri. On a de la peine de faire entrer une personne comme ça dans sa vie. Je suis une maman. [Elle se met à pleurer]. On se met à la place d'une maman."
Tout d'un coup, la jeune femme se tourne vers Nordahl Lelandais. "C'est assez compliqué de voir le mal que tu as fait. Tu leur dois la vérité, Nordahl." Dans le box, l'accusé fait oui, avec la tête. "Tu as été un super mec, reprend la témoin après une intervention de la défense. Continue à l'être et assume !"
Le président de la cour d'assises, François-Xavier Manteaux, demande à Nordahl Lelandais de se lever et de répondre à son ami. "Bonjour [prénom de cette femme]. Tu as une très bonne mémoire. Tu as tout à fait raison dans tes propos. La vérité, je la donnerai." L'accusé continue avec des propos peu audibles, évoquant des évolutions tout au long de l'instruction. Et ajoute : "Je ne sais pas quoi dire."
"Dis leur ce qu'il s'est passé, lance la jeune femme. Tu le sais, au fond de toi. Et je pense que tes amis le savent. On t'a vu quelques heures après. Tu étais beau, festif. Tu ne peux pas dire que c'est un accident, ce n'est pas possible." Réponse de Nordahl Lelandais : "Dans ces moments-là (la soirée du 13 avril, NDLR), j'ai mis une très grosse carapace. J'ai essayé de montrer quelque chose d'habituel. C'était très lâche."
"Un accident ? Pour arriver, dans les mois qui ont suivi, à un autre drame ?"Le président intervient : "Vous avez été un bon comédien ce soir-là ?" "Ce n'est pas une histoire de comédien, rétorque l'accusé. C'est comme pour la cocaïne. Je l'ai cachée. Par la suite (après la mort d'Arthur, NDLR), mes jours et mes nuits n'ont pas été les mêmes. Je suis désolé de dire ça devant M. et Mme Noyer car je sais que vos nuits sont bien pires que les miennes."
Interrogé par Me Alain Jakubowicz, l'avocat de Nordahl Lelandais, sur ce qu'elle voulait dire quand elle a assuré que ses amis savaient ce qu'il s'était passé, la témoin a lancé à Nordahl Lelandais : "Tu avais besoin de lumière, de briller, Nordahl. Tu as choisi une drôle de façon de le faire."
Juste après cette jeune femme, un autre ami de l'accusé, d'une autre sphère amicale, est venu à la barre. Lui aussi s'est adressé, d'un coup, à Nordahl Lelandais : "Nous, tes amis, on attend juste que tu dises la vérité. Pas seulement ta vérité. J'ai une colère en moi à cause de tout ça ! Un accident (la mort d'Arthur Noyer) ? Pour arriver, dans les mois qui ont suivi, à un autre drame (la mort de Maëlys) ?"
Les pleurs de Nordahl LelandaisUne troisième ami de Nordahl Lelandais, très proche de lui et très marqué par les faits qui lui sont reproché, l'a aussi exhorté : "Soulage-toi de la vérité. Soulage ton âme. Le mal est fait. Il n’y a rien qui pourra le changer. Vis ce qu’il te reste à vivre plus léger. »
L'intervention de cet homme a fait pleurer Nordahl Lelandais. Mais pas changé de version sur le décès d’Arthur Noyer. « La vérité, j’ai commencé à l’expliquer, a dit l’accusé. Je l’ai peut-être mal exprimée. Je ne trouve pas forcément les mots, les bonnes phrases. La vérité, j’essaie de la dire depuis le début, mais on me dit : “Non, ce n’est pas vrai.”"
Geoffroy Jeay